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EST RÉPUBLICAIN - 18/05/2012

LE PIÈGE À CHAT SE REFERME

Les caves d’un bâtiment délabré de Vesoul se sont transformées en piège mortel pour les chats errants.

Pour procéder au sauvetage de Duchesse, Annie Marchal, la vice-présidente de l’Aspa, a dû écarter quelques planches pourries du bas de la porte de l’immeuble.    Dominique ROQUELET

Pour procéder au sauvetage de Duchesse, Annie Marchal, la vice-présidente de l’Aspa, a dû écarter quelques planches pourries du bas de la porte de l’immeuble. Dominique ROQUELET

Trois silhouettes se découpent dans le crépuscule. La concierge du bâtiment « le Dauphin », au centre-ville de Vesoul s’agite, visiblement désespérée. Depuis des mois, trois de « ses » félins ont disparu. « Je m’occupe de certains chats errants depuis huit ans. Quand je ne les ai plus vus, j’ai commencé à les chercher un peu partout », lance-t-elle. Et voilà que, tout à l’heure, j’ai vu ‘’Duchesse‘’ (qui s’était volatilisée à son tour depuis quelques jours) par la fenêtre de ce bâtiment. Elle ‘’pleurait’’ à n’en plus finir. J’ai bien essayé de l’appeler, mais en vain. Elle n’arrive pas à sortir ! »

Le bâtiment qu’elle désigne est un vieil immeuble délabré, près de la place du 11echasseurs, pour le moment laissé inoccupé. Une ouverture donnant directement sur les caves a été obstruée par une grande planche en bois, mais un petit espace permet aux chats de se faufiler. Manifestement, certains d’entre eux, à l’instar de Duchesse, ne trouveraient plus le chemin inverse. « J’ai essayé de joindre le propriétaire de l’immeuble, mais il n’a pas eu le temps de me recontacter. Et maintenant, il est parti en déplacement. »

Devant l’urgence de la situation, l’Association saônoise de protection animale (Aspa) a été appelée en renfort. Annie Marchal, la vice-présidente, en désespoir de cause, creuse une ouverture dans la première porte. Trois chats s’échappent. Mais pas Duchesse, tétanisée à l’étage. Finalement, l’équipe débarrasse une deuxième porte de ses vis qui la maintiennent fermée. Elle s’entrouvre.

Stupeur ! Deux cadavres de chats gisent juste derrière. Un angora trois couleurs et une petite grise. La concierge s’effondre : il s’agit de ses bêtes, sans aucun doute mortes de faim et de froid. Après une trentaine de minutes pour la convaincre de sortir, Duchesse est finalement sauvée. Mais comment empêcher que l’incident ne se reproduise ? D’autant plus que la petite équipe craint un accident plus grave. « Si un gamin s’amusait à sauter sur ces planches en bois, il tomberait à travers, c’est sûr ! Elles sont gondolées à cause des dernières pluies et ne sont plus très solides ! »

Interrogée sur ce point, la mairie explique qu’elle peut avoir recours à une procédure « relativement lourde », un « arrêté de péril ». C’est le cas quand une propriété met en danger la population de façon imminente. Une façade qui risquerait de s’effondrer sur la chaussée, par exemple. « Ça n’a pas l’air d’être le cas ici, souligne l’adjoint au maire chargé des travaux, Jean-Luc Nather. C’est la première fois qu’on entend parler d’un souci avec ce bâtiment ».

Des travaux réalisés dans l’année

Appelé sur les lieux quelques jours plus tard, le propriétaire de l’immeuble, un commerçant, est bien embêté. « Cet endroit, c’est un refuge pour ces chats. Que certains n’aient pas retrouvé l’entrée, ça me paraît incroyable ! », affirme-t-il. Un improbable « manque de sens de l’orientation » de ces félins vagabonds est même évoqué.

L’homme explique qu’il avait dû bloquer les entrées de la cave, il y a longtemps de cela, car son bâtiment avait pris des allures de squat. « Les gens y jetaient leurs ordures et certains faisaient même leurs besoins ici. » Pour lui, la concierge aurait dû entrer pour récupérer ses bêtes. Mais étant sur une propriété privée, la dame n’avait pas osé aller jusque-là. « Je ne suis pas un monstre, je n’aurais pas porté plainte pour ça. Moi aussi j’aime les chats », lance le maître des lieux. Une solution est envisagée : l’Aspa propose de faire poser des chatières sur ses portes.

Quant aux planches de bois recouvrant l’entrée des caves, elles tiendront bien jusqu’à la réfection de l’immeuble. C’est tout du moins ce qu’il veut croire. « De toute façon, nous avons prévu de faire des travaux cette année. D’ici peu, il y aura des appartements tout neufs ici », lance-t-il. « Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne nouvelle pour les chats d’ailleurs : ils n’auront plus leur refuge. »

Les deux cadavres derrière la porte n’auraient sans doute pas pensé la même chose.

Marie KOENIG